textes été 2020

Le Cantique des Oiseaux

Le Cantique des oiseaux a été écrit vers 1177 par Attar, le poète apothicaire de Nichapur (ville du nord est de l’Iran, dans le Khorassan). Il s’agit d’un poème en prose de 9 448 vers constituant un chant sacré par excellence. Il retrace l’histoire de la quête de la Vérité (la recherche de l’Être suprême) par les oiseaux du monde. Guidés par la huppe, symbolisant le poète guide spirituel et messagère élue du roi Salomon, les oiseaux vont vivre une aventure spirituelle faite de doutes et de découvertes qui n’est pas sans rappeler le parcours de ceux qui s’engagent dans leur perfectionnement spirituel. L’objectif est de parvenir à la Simorgh, et seule la huppe connaît l’endroit où elle demeure et le chemin pour y parvenir. La Simorgh est l’oiseau symbole de la pensée de Dieu :

Excuse du rossignol pour ne pas s’engager dans la quête
Le rossignol épris avança, enivré
Lui, parfait en amour, ni néant, ni étant
Dans ses milliers de chants, tant de sens enfouis
Dans chaque sens caché un monde de secrets
Il criait les secrets, il criait son amour
Et faisait taire ainsi tous les autres oiseaux
« Les secrets de l’amour trouvent leur fin en moi,
Dit-il, toute la nuit, je les chante et rechante
Personne comme David n’a assez de chagrin
Pour écouter mon chant qui est psaume et complainte
Quand la flûte se plaint, c’est mon chant qui l’anime
Et la lyre qui pleure se souvient de mes larmes
Les roseraies frémissent à l’appel de ma voix
Et les cœurs des amants plongent dans la tourmente
Chaque instant, je révèle un mystère nouveau
A chaque heure, je chante une mélodie nouvelle
Lorsque dans sa violence, l’amour pèse sur mon âme
Mon âme, tel l’océan, se fait remous et vagues
Ceux qui voient ma tourmente tombent dans la tourmente
Même s’ils étaient sobres, ils tombent dans l’ivresse
Privé de confident pendant le long hiver
J’opte pour le silence et garde mes secrets
Mais lorsque mon aimée au printemps est éclose
Et qu’elle emplit le monde de son parfum suave
Je lui ouvre mon cœur éclos de mille joies
Je dénoue mes chagrins à l’éclat de sa face
Puis lorsque de nouveau mon amour disparaît
Le rossignol épris perd la joie et sa voix
Ainsi personne ne sait mes secrets bien cachés
Et à la rose seule mon âme est dévoilée
Je suis si absorbé dans cet amour sublime
Qu’à ma propre existence, je me suis absenté
A mon âme suffit la passion de la rose
La rose me suffit comme unique horizon
Sîmorgh est au-delà des rêves d’un rossignol
Au rossignol convient son amour pour la rose
La fleur aux cent pétales retient ici mon cœur
Comment y renoncer et vivre en dénuement ?
Quand elle s’épanouit tout en beauté vermeille
Quand pour moi et moi seul ainsi elle sourit
Et lorsque sous son voile, elle se prépare encore
Pour m’apparaître enfin dans l’éclat d’un sourire
Comment moi, rossignol, pourrais-je, même une nuit
Renoncer à la rose, à ses lèvres écloses ? »

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