The Drama – Pose ton gun

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Just a weird, little freak. Weird, little British freak.

Film pas tellement intéressé par sa mise en scène que par la conversation qu’il va générer. Mais cette conversation, quelle est-elle ?

Kristoffer Borgli prend un malin plaisir, en révélant la « pire crasse » d’Emma, à lancer une série d’interrogations qui portent sur l’Occident en général et les USA en particulier un regard cru, celui d’un étranger (Kristoffer Brogli est né à Oslo et rentre à ce titre dans la tradition de ces réalisateurs qui travaillent aux USA et gardent un regard relativement frais et différent), c’est-à-dire un outsider qui tente de considérer cette société profondément malade.

Et la question que Borgli semble poser c’est : qu’est-ce qui est pire ? Quelqu’un qui planifie une tuerie dans un lycée (où les élèves semblent être absolument ignobles, comme dans tous les établissements scolaires du monde en général et dans ceux des USA qui sont généralement représentés à l’écran en particulier) ? Ou bien quelqu’un qui enferme un garçon manifestement handicapé mentalement pendant UNE NUIT ENTIÈRE jusqu’à ce qu’une battue soit organisée ?

La discussion autour de cet acte abominable – et à mon avis bien plus grave et répréhensible – de Rachel est récurrente et il en ressort en général que celle-ci est une personne méprisable – ce dont Alana Haim s’assure en la jouant parfaitement bien. Le personnage de Rachel a, d’une manière générale mais aussi parce que le scénario de Borgli s’en assure, concentré l’ensemble des critiques. Celles-ci confirme que le réalisateur opère un « holdup mental » qui paradoxalement tend à prouver que le sujet de The Drama est ailleurs.

Peut-être qu’un élément de réponse se trouve dans ce fameux échange qui se tient dans la salle de réception au moment du « verre de trop », celui où les quatre « ami-e-s » décident de se raconter ce qu’ils ont fait de pire. Alors que les réactions du petit groupe attise les nôtres, un fait est passé sous silence. Ou plus exactement, deux : l’aveu de Mike d’une part, qui permet de créer l’ambiance qui amènera la confession d’Emma – qui vient en dernier.

Et d’autre part ce que raconte Charlie bien sûr. Sur un ton désinvolte et très décontracté, ponctué de rires gênés et niais, il admet avoir cyber-harcelé une personne jusqu’à ce que celle-ci soit forcée de déménager. Personne ne reviendra jamais là-dessus.

C’est à mon avis là que se trouve l’interrogation principale du film : celle du sexisme et don son intégration totale à notre façon de penser le monde. D’une certaine manière, ce qui gêne Pattinson / Charlie ce n’est pas tellement qu’Emma ait pensé à dézinguer des camarades avec un M14, mais plus le fait qu’une fille / femme puisse envisager de passer à l’action. D’ailleurs, dans l’un de ses montages qui illustrent à la fois le fantasme et l’inconscient de Charlie, on voit Zendaya poser en lingerie sur leur lit avec ledit M14 dans les bras – un poster qu’un certain nombre de jeunes hommes souhaiteraient posséder, je n’en doute pas.

Cette question du sexisme est, sous couvert de discuter du contrôle des armes à feu, centrale. Une fois que l’on choisit cet axe de lecture, les scènes qui viennent appuyer ce choix sont nombreuses. La toute première scène du film nous présente un Charlie qui profite de l’absence d’Emma partie remplir sa tasse pour lire la couverture du bouquin qu’elle lit et mollement se renseigner sur celui-ci afin d’avoir un angle d’attaque pour pouvoir lui parler. Il y a fort à parier que ce qui est vécu par les gens de ma génération comme une « scène de drague » ne soit pas vécu de la même manière par des jeunes femmes qui ont 20 ans de moins que moi. Une autre des scènes qui illustrent parfaitement ce propos est bien entendu celle de la discussion avec Misha, particulièrement gênante en ce qu’on sent et sait parfaitement ce qui est sur le point d’arriver. Le fait que Misha, après qu’elle a raconté – d’une manière un peu stéréotypée d’ailleurs – avoir trompé son petit ami parce qu’il était possiblement « trop gentil », ne lutte absolument pas contre la tournure que prennent les événements mais au contraire se soumette – position inclue – complètement, en dit long.

Le film pousse cette logique jusqu’au-boutiste dans son esquisse des rapports entre femmes. Une illustration parfaite du patriarcat qui impacte les rapports hommes-femmes, mais bien sûr aussi hommes-hommes et, de façon plus insidieuse parce que contre-intuitive, femmes-femmes. Ce n’est pas un hasard si toutes les femmes présentes à l’écran sont performantes, au premier titre desquelles Rachel dont on comprend qu’elle est une professionnelle du marketing particulièrement efficace. On peut aussi citer Alice, la patronne d’Emma ou bien Emma elle-même, dont l’appartement illustre la réussite. Or, dans ses rapports avec les autres femmes, Emma n’est pas particulièrement « sororelle ». On le voit dans ses rapports avec Pauline, la DJ dont on soupçonne qu’elle se drogue. Emma elle-même n’est pas épargnée. Par Rachel bien sûr, mais de façon plus déconcertante et inattendue par la chorégraphe qui ne supporte pas qu’une autre femme remette en cause son autorité.

La conclusion de tout ce gâchis, narratif mais surtout sociétal, c’est que pendant tout le film, on reproche à Emma d’avoir pensé quelque chose d’ignoble alors que Charlie, qui a commis un acte extrêmement répréhensible, n’est lui jamais inquiété. Ce constat se retrouve dans son discours improvisé dans lequel admet regretter avoir soumis Emma à toute cette médiocrité que nous, les hommes, connaissons bien. C’est la petite voix qui nous parle quand nous agissons lâchement, quand nous insistons lourdement, quand nous nous mettons en colère quand les choses ne vont pas dans notre sens. C’est notre incapacité à parler, à utiliser nos mots – selon les termes qu’utilise Misha pour tenter de canaliser Blake lorsque celui-ci agresse Charlie. C’est notre quotidien, la lutte que nous menons et devons mener pour tenter de casser ce cycle infernal qui, si on en croit la dernière scène du film de Kristoffer Borgli, n’est pas prêt de s’arrêter.

Emma ne choisit-elle pas de pardonner ?