Poor Things – Attention Dangers

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– I will fucking throw you overboard!
– So you wish to marry me, or kill me? Is that the proposal?
– *Long Silence* I’m going to the Casino.

J’ai mis un certain temps à m’en rendre compte mais le film s’appelle Poor Things et pas Poor Thing. 

Ça peut paraître idiot mais je crois qu’un grand nombre de malentendus liés au film naissent de cette marque du pluriel qui semble, dans un bon nombre de critiques glanées ça et là, ne pas avoir été prise en compte. 

Cela tient certainement au fait que le film nous présente Bella – Emma Stone impeccable alors même qu’elle est quasiment de tous les plans – et son récit d’intégration. Au cours de celui-ci elle va croiser différentes personnalités – toutes mieux écrites les unes que les autres et formidablement interprétées – et ses interactions avec celles-ci constituent le cœur du film. On pensait avoir un high-concept movie et on voilà qu’on se retrouve avec une étude de personnages. 

Avec une grande compassion (donc sans jamais les juger) Lánthimos nous montre des abominations, des sources d’espoir, des séquences de sexe débridé… Rarement ai-je vu au cinéma une ambition aussi débordante puisque le cinéaste semble s’être fixé pour objectif de montrer l’entièreté de la société avec tout ce qu’elle a de magique certes, mais aussi d’absolument dégueulasse. 

Dans ce chaos qui constitue notre quotidien, Bella va vivre deux voyages. Le premier est résolument sensoriel, mais le deuxième est beaucoup plus intellectuel. De cette danse étrange entre les deux, ce numéro d’équilibriste, ce qui semble ressortir est un certain dégoût ou du moins une méfiance pour les structures intellectuelles que nous apposons au monde tel qu’il est réellement

Brutal, chaotique, cruel… Le monde et la nature ne sont pas « bien faits ». Et les créatures qui l’habitent non plus. Ils et elles sont, un point c’est tout.

Au fond, ce n’est pas tant une épopée féministe à laquelle nous assistons, mais plutôt à un plaidoyer anarchiste. Pas au sens politique du terme, mais bien au sens propre : qui ne cherche pas à apposer une théorie ordonnée sur un monde qui ne l’est pas. Le film est anti-structure. Si on part du principe que ce qui structure nos sociétés depuis plus de 20 siècles c’est le patriarcat alors oui, le film est anti patriarcal. Cela n’en fait pas pour autant un film féministe.

Il y a dans ce sens quelque chose d’assez ironique à voir certaines critiques ici ou ailleurs, parler d’un féminisme en carton ou bien d’une vision profondément masculiniste du féminisme alors que le film se permet justement le luxe de rejeter les courants de pensée qui agitent nos sociétés. Lánthimos livre une vision sans concession, sans aucune boussole morale. Il montre sans pardonner, il expose sans expliquer. À nous de nous débrouiller dans ce sac de nœuds avec pour seule arme notre curiosité et le dilemme de découvrir auquel de ces personnages nous serions le moins dérangés de ressembler. 

Impossible de ne pas ressortir de là convaincu-e-s que nous sommes vraiment de pauvres créatures.