This might not be the perfect time or whatever to talk about it but I’ve been doing my homework and I’d really like to play a more central role this time around.

Complètement désarçonné au premier visionnage lors de sa sortie, je reviens régulièrement voir ce film qui faisait à mon sens figure d’OVNI dans le paysage cinématographique des années 2000.
Cette fois-ci, le film m’a semblé beaucoup plus clair qu’il ne l’était dans mon souvenir pour deux raisons. La première, c’est que nous avons maintenant près de 20 ans de distance par rapport au film, et qu’on a donc un contexte industriel et culturel pour l’accompagner qui nous permet de mieux comprendre la démarche de Soderbergh et de ses scénaristes. La deuxième, c’est que j’ai vieilli, mais je n’ai pas tellement envie de parler de ça. Restons sur la première raison.
L’arrivée des Marvel a amené un ton, une façon de penser et de proposer des films qui, en 2004, était novatrice et semblait être le chemin le plus malin à emprunter. Un mot en particulier a fait son apparition à mesure que l’ensemble de la pop culture s’engouffrait dans la brèche : meta. Pendant une dizaine d’années, voilà ce qui a occupé les décideurs à Hollywood, les faiseurs du cinéma et de la télévision : est-ce meta ? J’ai cité Marvel qui a élevé au rang de religion les blagues à clin d’œil à destination du public, mais je pourrais bien sûr parler de Rick & Morty et de tas d’autres œuvres toutes plus variées les unes que les autres, dont les créateur-ice-s sont aujourd’hui à peu près autant obsédé-e-s par le concept de multiverse.
Or, qu’est-ce que le meta, si ce n’est une réflexion offerte aux spectateur-ice-s sur la nature de ce que les scénaristes et les cinéastes font ? Et justement : que font effectivement tous ces gens ? Quelle est la nature profonde de leur activité ? Dans quel but agissent-iels toutes et tous ? La réponse bien évidemment est le mensonge. Toute fiction qui se respecte est basée sur le mensonge. Celui-ci est présenté au public qui doit l’accepter afin de se laisser porter par le récit – la fameuse « suspension de crédulité ». Sans ce mensonge, et dans une certaine mesure, sans son acceptation par le public, il n’y a pas d’histoire et donc pas de film.
Dans Ocean’s Eleven, ce n’est pas Daniel Ocean qui vole un casino avec ses comparses, c’est George Clooney, mis en scène par Steven Soderbergh, qui interprète un personnage inventé par un scénariste, dans un décor situé à Las Vegas où des figurants portent de beaux habits pendant qu’un armada de technicien-ne-s les maquillent, les habillent et les filment.
Quel rapport avec Ocean’s Twelve ? J’y viens.
La légende veut que Soderbergh ait pitché l’histoire de cette suite lors d’un voyage en avion avec les différentes stars du premier opus pour la promotion de celui-ci. Si tel est le cas, quelle valeur a la scène du voyage en Europe où Linus/Matt Damon demande à Rusty/Brad Pitt s’il peut jouer un rôle plus important cette fois-ci ? Considérons cette brèche dans le vernis de ce qu’est un long-métrage de fiction et interrogeons-nous sur la nature des films de casse. Que sont-ils, sinon l’allégorie en général de la fabrication d’un film ? On cherche une équipe à qui on va raconter une histoire, et une fois que cette équipe existe, on exécute ce qu’on avait prévu en tentant de juguler le lot d’inaspérités que l’on rencontre en chemin. C’est la définition même d’un tournage.
Ce qui a déplu au public, moi le premier, lors de la sortie de Ocean’s Twelve, c’est le manquement de Soderbergh qui ne racontait plus un casse, mais tout ce qu’il y a derrière le casse. Tout ce qui en général – c’est le cas notamment dans le premier opus – nous est caché par une élégante transition – un effet de montage, parce que ce n’est pas intéressant, parce que ce n’est pas ce que nous sommes venus chercher – Soderbergh choisit de nous le montrer cette fois-ci. Les discussions interminables (pourquoi les appelle-t-on Ocean’s Eleven ?), les répétitions (le coup qu’ils préparent à Rome et la connaissance que chacun a de son rôle), les questionnements sur la façon dont quelque chose est dit ou pas (la discussion autour du terme agoraphobe), les questionnement liés à l’âge… je pourrais continuer des heures des heures et détailler la scène dans laquelle tout cela culmine : l’arrivée de Tess à Rome, mais je pense que vous avez compris. Voilà ce que Soderbergh nous donne à voir pendant que le vrai coup, lui, est en train d’être réalisé quelque part dans ce qui est coupé au montage (et que nous ne pourrons voir qu’à la fin du film).
Pourquoi ? Pour le plaisir de nous faire tourner en rond ? Pour s’amuser ? Pour nous embarquer dans une sorte de réalité parallèle où Rusty et Danny sont à peu de choses près les seuls à ne jamais vraiment faire ce voyage de l’autre côté de l’écran et à rester dans leurs personnages et pourraient donc être comparés à un réalisateur et son scénariste ? Probablement pour tout ça à la fois, mais surtout, parce que c’est drôle. Et parce que, mâtiné de l’une des histoires d’amour les plus photogéniques qui soient – Pitt / Zeta-Jones ? Pardon ? -, le film renforce le glamour de ses stars au lieu de l’appauvrir (suivez mon regard *tousse* Marvel *tousse*).
Soderbergh nous parle de la fabrication d’un film avec des stars et il le fait de la façon la plus élégante qui soit. Et on dira ce qu’on voudra, mais c’est mieux qu’un prout d’aisselle avec un regard entendu.
