I really thought this whole thing was gonna ruin sex for me. They kind of did. But at the same time, it gave it new meaning. Who do you choose to be with for this one night? Choice itself is romantic. Maybe the fascists were right about this one.

Je pense qu’on traverse une période vraiment très très étrange dans le cinéma, et pas uniquement du côté des artistes et des œuvres mais aussi du côté du public. Bien sûr, l’un est inévitablement lié à l’autre puisque’à mesure que l’on s’enfonce dans une crise de la création – c’est-à-dire à mesure que les productions sont de moins en moins du « cinéma » et de plus en plus du « contenu » – nous, le public, semblons perdre un peu nos repères et avons de plus en plus de mal à réfléchir à une manière pertinente de juger ce que l’on va voir en salle.
D’un côté, il y a celles et ceux qui pensent qu’un film vu en salle se doit d’être monumental ou à tout le moins « impressionnant ». Cela favorise l’idée que le cinéma serait le lieu idéal du blockbuster. Je ne compte plus le nombre de fois où des gens me disent « enfin ça tu peux le voir chez toi hein, pas la peine d’aller en salle pour ça ». Comme si une production minimaliste et avare en explosions ne pouvaient pas être profondément bouleversante et impressionnante.
De l’autre côté de l’éventail, on trouve celles et ceux qui s’accrochent au vieux monde et qui refusent de comprendre que, pour le meilleur ou – surtout hélas – pour le pire, le cinéma ne sera plus jamais le même. Non, on ne fait plus de thriller politique comme dans les années 70, on ne fait plus de film à moyen budget comme dans les années 90… Bref, la création, la production, la fabrication et la diffusion, tout cela a bien changé et le cinéma avec. On pleure la subtilité politique et artistique des films mais on peut célébrer le fait que cet art est peut-être enfin en train d’ouvrir ses portes à d’autres artistes, idéalement issu-e-s de minorités pour qu’ils et elles nous racontent leur monde, que d’autres perspectives affluent en salle et sur les écrans – idéalement encore plus à l’avenir.
Sans vouloir détailler chaque typologie de spectateur-ice-s – j’en serais incapable et n’en présume pas – on peut tout de même s’attarder sur un comportement plutôt inquiétant que notre époque a engendré. Un paradoxe dans la mesure où nous sommes plongé-e-s dans un monde d’images, que dis-je, dans une cascade permanente de vidéos, photos et autres créations I.A. au mieux moches, au pire trompeuses. Ce comportement s’apparente à de la consommation d’images. Qu’il s’agisse d’un film, d’une vidéo, d’une création I.A. etc., le rendu final est « consommé » comme un vulgaire contenu. On pourrait, si on était de mauvaise foi, souligner que l’avènement de cinéastes comme Christopher Nolan est hautement renforcé par la multiplication de ces spectateur-ice-s qui semblent prompt-e-s à s’émouvoir de tout ce qui est « grandiose » sans s’interroger sur l’utilité d’un tel monumentalisme, et sur ce qu’il raconte (la réalité est que Nolan est le produit d’une multitude de choses, dont précisément cela, mais pas uniquement). Mais on se doit aussi de voir ce que la nature humaine a, tout naturellement, opposé à ce public consommateur : un public ultra politisé.
De la même manière qu’on ne peut malheureusement plus se positionner subtilement dans la société, en admettant par exemple que les deux côtés d’un conflit sont ignobles ou bien que tous les extrêmes politiques ne se valent pas, il semblent de plus en plus compliqué de voir des films idiots et d’accepter un pitch décérébré de bon cœur.
J’en veux pour preuve les retours sur One Night Only que j’ai pu lire ça et là et la notation du film qui me semblent sévères au mieux. Le film de Will Gluck n’est pas la première victime – et ne sera probablement pas la dernière – d’une attitude qui est le fruit, je pense, d’un malentendu.
Je crois fondamentalement que nous n’entrons jamais de la même manière dans une salle de cinéma selon ce qu’on s’apprête à voir. J’ai eu l’occasion de le dire de maintes fois : je ne vais pas voir Vaiana 2 avec les mêmes attentes que pour Oppenheimer.
Je veux être très clair : je ne pense pas que One Night Only soit très intelligent, et je comprends qu’on y voie un propos parfois problématique. Mais c’est une romcom ! Je m’interroge sur le sens que cela peut avoir d’appliquer à un tel film une grille de lecture politique ou même critique. Je ne dis pas que les romcoms sont toutes débiles et écervelées. Il y a des romcoms qui, sous des aspects parfaitement inoffensifs, bousculent notre façon de penser. Et quand c’est le cas, tant mieux ! Parfait ! Je dis juste que je ne suis pas persuadé qu’il faille s’offenser quand ce n’est pas le cas.
Je sais bien que One Night Only est particulièrement frustrant dans la mesure où les scénaristes font le choix conscient de placer quelque chose d’extrêment politique au cœur du film, particulièrement important dans l’époque dans laquelle nous vivons. Pourtant je continue de croire que nous ne devrions pas appliquer à ce film une grille de lecture si décalée par rapport à ce qu’il promet : on ne s’attaque pas à l’Âne Trotro avec les mêmes expectatives que quand on ouvre Guerre et Paix. Et pour être parfaitement honnête, je ne crois pas qu’on réussira à obtenir de meilleures œuvres de la part des artistes en exigeant que tous les films répondent aux mêmes attentes.
