Catégorie : Critique

Les critiques de film.

  • Dossier 137 – Juge et Partie

    T’étais bien content que je rentre à l’IGPN pour avoir des horaires fixes et pouvoir m’occuper de notre fils. Moi aussi j’aimais ça les stups.

    Au bout d’une vingtaine de minutes confortablement installé dans la salle 16 de l’UGC Ciné Cité Gambetta de Bordeaux, je prends conscience d’une chose : Léa Drucker n’a toujours pas vu – et selon toute vraisemblance, ne rencontrera pas – les véritables responsables des actions policières répréhensibles qui sont au cœur du récit de Dominik Moll. Son film est horizontal et le restera.

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  • Valeur Sentimentale – Soigner le trauma

    Jusqu’à ce que vous rendiez l’inconscient conscient, il dirigera votre vie et vous l’appellerez le destin.

    Carl Jung

    Il y a un mot qui définit fantastiquement bien ce dont Joachim Trier traite dans son dernier film Valeur Sentimentale : trauma. Un mot galvaudé ces dernières années et qui constitue probablement un premier obstacle à la compréhension et surtout à l’acceptation d’une part critique et publique de ce que le réalisateur norvégien tente de faire dans son long-métrage.

    Le deuxième obstacle, c’est bien entendu le milieu bourgeois que Trier choisit, probablement parce qu’il le connaît bien, pour ancrer son histoire. C’est donc naturellement qu’on a vu fleurir ici ou là des accusations de cinéma bourgeois, un peu comme celle qui étaient venues amoindrir la réussite pourtant éclatante de son précédent film : Julie en Douze Chaptires.

    Enfin le troisième obstacle est un crime de lèse majesté dont peu de cinéastes peuvent se targuer de s’être relevé-e-s et qui a pourtant touché de très grands films. Valeur Sentimentale est un film sur le cinéma. Un film méta.

    Pourtant, comme je l’ai dit plus haut, il ne me semble qu’aucune des ces caractéristiques qui semblent embêter beaucoup de monde ne soient vraiment ni intéressantes, ni importantes. Car le film parle d’autre chose en somme, il parle de l’héritage.

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  • Michael Clayton – Le signe des temps

    – I’m not the ennemy.
    – Then who are you?

    Deux jours que je l’ai vu et je n’arrive pas à savoir si le film de Tony Gilroy est surcoté ou bien si c’est juste un film daté.

    D’un côté, il y a la critique du capitalisme, ou même du néo libéralisme, qui m’a bien entendu séduit, et qui reste très actuelle. Elle est bien servie par un montage malin – sans qu’il ne réinvente la poudre – et par des personnages plutôt bien écrits.

    Mais de l’autre, il y a cette fin qui m’a laissé sur le bord de la route, que j’ai regardée incrédule et dont je peine à vraiment comprendre en quoi elle est la révolution que tant de gens semblent y voir. De deux choses l’une pour moi : au mieux Gilroy fait preuve de naïveté et choisit de croire que le status quo peut être renversé – en dépit d’une réalité qui pourtant balise tout le reste du film et dont on sait qu’elle ne permettra absolument pas cette issue. Au pire, sa pirouette scénaristique absolument impardonnable est une tentative désespérée de rassurer les producteur-ice-s hollywoodiens afin de sauver les films à budget moyen pour adultes à qui il reste des neurones – et qui malgré tout, 20 ans plus tard ont définitivement disparu de la circulation.

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  • Drive My Car – Le temps d’avoir le temps

    Si vous voulez vraiment connaître quelqu’un, alors la seule solution est de regarder au plus profond de soi.

    Secoué par le film de Ryûsuke Hamaguchi et j’en suis le premier surpris dans la mesure où le film coche absolument toutes les cases du bingo « déplaira à Charles-Edouard ». Lent, presque contemplatif, sans compromis, parfois refusant l’explication, Drive my Car semble être une compilation de ce que je déteste au cinéma, des travers du film Art et Essai.

    Mais il a un avantage extraordinaire : il est d’une clarté, d’une légibilité, et d’une rigueur qui le rendent hypnotique. En refusant de nous prendre par la main et en imposant son rythme, Hamaguchi réussit un coup de maître : il nous oblige. Il nous oblige à ralentir, à nous questionner, à observer, à être plus attentif ou attentive et petit à petit, il nous rend enquêteur-euse-s du film.

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  • Erin Brokovich – Personne ne fait plus ça

    You might want to reconsider those ties.

    Encore une excellente idée de lancer ce film à 23h30 « juste pour revoir le début » et d’évidemment tomber complètement happé par la prestation de Roberts, la réal de Soderbergh et la photo so 2000 de Lachman. 

    Je ne l’avais pas revu depuis plus de 15 ans je pense et je me suis surpris à être scotché par un champ contre champ magnifique, des astuces de mise en scène d’une simplicité enfantine mais d’une efficacité redoutable et un propos d’une grande modernité même si, on va pas se mentir, Brockovich est une femme patriarcale et que la sororité n’est pas son fort. 

    IL N’EMPÊCHE. Toute la première partie raconte avec une grande maestria comment les femmes en général et Brockovich en particulier sont silencées, méprisées, moquées et en définitive, les victimes du monde dans lequel elles évoluent. Comment la société repousse du dos de la main les reproches et commentaires que celles-ci auraient à faire et agit activement à continuer de bâtir un monde où elles ont globalement le droit de la fermer et c’est déjà pas mal. 

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  • Silence ! Ça pousse.

    On va commencer par le principal : Mohammad Rasoulof ne dit avec La Graine du Figuier Sauvage rien qu’on ne sache pas déjà. Oui, ce genre de régime ultra patriarcal repose principalement – et sans que cela ne surprenne personne – sur les femmes. Elles sont le piston, la soupape de sécurité du système, sans laquelle tout s’effondre. Ce propos, on le retrouvait déjà dans Leila et ses Frères et il était mis en scène, on va couper immédiatement au suspens, avec plus de maestria je trouve. 

    Cela étant dit, il y a au cœur du film de Rasoulof quelque chose d’assez précieux, un dispositif qui donne au film sa puissance, par sa simplicité et son apparente naïveté. Je veux parler bien entendu de la métaphore qui réduit l’Iran a une cellule familiale et qui transforme le foyer en un concentré de tout ce qui ne va pas avec la loi à laquelle le pays est soumis et dont Iman se fait le porte voix en répétant Je me soumets à celui qui se soumets à toi, et je combats celui qui te combat.

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